01 novembre 2007
L ile de Chiloe et son reseau d agrotourisme
Situee a seulement quelques kilometres du continent, l ile de Chiloe n a pourtant ete decouverte qu en 1553 par les conquistadores espagnols. Cette ile, longue de 200 kms et large de 50 kms, fut le dernier bastion de la resistance royaliste et accepta difficilement la rupture avec l Espagne. Les Chilotes s opposerent d ailleurs vigoureusement aux mouvements independantistes mapuches. De ce long isolement historique et geographique est ne une culture locale tres forte, une gastronomie assez particuliere.
Le Curanto est l institution culinaire de ile. C est un melange a base de Chapaleles (beignets de farine et pommes de terre), porc fume, poulet, coquillages et moules. Plus que les ingredients eux memes, c est la cuisson qui est interessante (cf. photo).
Les paysages et le climat de Chiloe ne sont pas sans rappeler l Irlande ou l Ecosse: des colines verdoyantes noyees sous des maquis de genets, des falaises et des plages ou viennent s echouer des rouleaux d ecume, des embarcations de pecheurs, des maisons en bois et un ciel tourmente pouvant passer du bleu azur au noir antracite en quelques secondes. A ces paysages dignes de nos contrees britanniques s ajoutent des petites eglises jesuites vieilles de 200 ans, des colonies de pingouins, lions de mer et cormorans.
Aujourd hui, les Chilotes "sur"-vivent essentiellement de l agriculture traditionnelle, du ramassage des algues destinees aux marches japonais et americains (cosmetiques) et de la peche (coquillages, curstaces et saumons). Les conditions de vie des habitants de l ile sont difficles en raison de la crise agraire (cf. billet precedent) et surtout de l emprise des mutinationales sur les elevages de saumons. En effet, les "salmonerias" ne sont pas creatrices de richesses: les benefices alimentent les caisses des multinationales etrangeres, mais polluent en "contrepartie" les eaux chilotes. Triste monde.
Face a cette impasse economique, plusieurs familles ont eu l idee de se grouper pour fonder des reseaux de tourisme rural. Le reseau d agrotourisme compte parmi ceux ci. Malgre son appelation, il regroupe en son sein autant de pecheurs que d agriculteurs. Les membres de la Red Agroturismo Chiloe accueillent les voyageurs chez eux et les invitent a les accompagner dans leurs taches quotidiennes : peche, cueillette, ramassage des algues et des curstaces, cuisine... L avis des membres du reseau quant aux bienfaits du tourisme est unanime. Tous m ont confie que cette nouvelle activite avait completement revolutionne leur vie. La seule chose que je puisse donc leur souhaiter a ce jour est que le reseau perdure, car sa perenite n est aujourd hui pas evidente en raison du vieillissement de ses membres.
24 octobre 2007
Le projet touristique de l archipel de Calbuco
Juste quelques lignes pour revenir sur le projet 3 Islas que je viens d auditer. La Nuit
Le reseau s etend sur trois des iles de l archipel de Calbuco, a savoir Quenu, Tabon et Puluqui. Il compte quinze familles membres. Toutes sont exploitantes agricoles depuis des generations et toutes observent depuis quelques annees des difficultes a vivre uniquement de cette activite traditionnelle. En effet, la crise agraire que connait le Chili ne laisse que tres peu de place aux agriculteurs individuels. Ils ne peuvent developper davantage leur production en raison de leurs capacites techniques et territoriales limitees et ne peuvent commercialiser leurs produits en raison de la baisse du prix des matieres premieres imposee par les accords multinationaux. La pauvrete de ces exploitants agricoles s en voit donc fortement accentuee.
A travers le projet de tourisme Tres Islas, l INDAP (unique institution chilienne soutenant le developpement des petits exploitants agricoles) entend offrir aux agriculteurs de nouvelles perspectives economiques (diversification de leur activite), capables d ameliorer leurs conditions de vie et surtout "d envoyer leurs enfants a l universite" (l universite est privee au Chili).
Aujourd hui, apres 8 annees de fonctionnement, les participants me semble un peu demotives par l absence de nouveaux soutiens financiers et par le manque important de touristes. La faible promotion du reseau et le mauvais temps chronique en sont les principales raisons.
Pourtant, les attraits touristiques ne manquent pas: un ocean bleu turquoise, des plages de sable et de galets ou s echouent quelques bateaux en bois, des forets denses, des maquis de genets, des prairies ou viennent paitre les animaux de la ferme, des jardins et des vergers (...etc), ainsi qu une gastronomie de la mer excellente (et notamment le curanto traditionnel), des fetes religieuses interessantes (
De belles en formidables rencontres
Un voyageur rencontre a Bangkok m avait informee que plus je descendrai dans le sud du Chili, plus les contacts avec les habitants seraient difficiles et froids. Je ne sais pas si le fait de voyager seule et a velo suscite l amabilite des gens ou si c est mon petit accent francais qui les fait craquer, toujours est il que plus je m approche de l Antarctique, plus l accueil est spontane et genereux.
Alors que j etais fatiguee par l incessante pluie s abatant vigoureusement sur la region, alors que je commencais a douter de mes capacites a poursuivre l aventure, alors que j en avais plus qu assez des contraintes imposees par un voyage itinerant (car il y en a et pas qu un peu!), un ange passa. Flor m a ouvert sa porte, son coeur. Quelques mots echanges au sujet du projet de tourisme durable qu elle supervise, quelques sourires partages... Il n en faudra pas plus a cette ingenieure agronome de 50 ans pour me convier chez elle (a Calbuco) quatre jours. Epicurienne et excellente cuisiniere, nous feterons noel avant l heure : saumon fume gargantuesque, fruits de mer fraichement peches, onces,... arroses de vins chiliens (cepage francais oblige!) et des meilleures bierres du pays (Kunstmann...d origine allemande), le tout berce par les melodies de Yann Tiersen et de Jean Michel Jarre dont elle est fan. Je visiterai egalement en sa compagnie le magnifique archipel de Calbuco ou elle est ne, afin d avoir une idee plus concrete du programme touristique 3 Islas (plus amples details dans le prochain billet).
Comment ne pas mentionner egalement l accueil recu a Ensanada quelques jours auparavant. Voyager en hors saison comporte beaucoup d avantages, mais a egalement son lot d inconvenients. Notamment celui de trouver les hotels fermes, alors qu il fait encore bien froid par ici. Alors que tout etait clot dans le village, Joyce, la proprietaire d un hotel de luxe (lui aussi ferme a cette epoque de l annee) m a ouvert son chalet d ete personnel et m a couverte de petites attentions. Ce fut trois jours inoubliables au milieu des volcans, des cheveaux et des lamas (qui, tres intrigues par cette etrangere, se postaient devant ma fenetre chaque matin).
Comme s il ne pouvait en etre autrement, les belles rencontres n ont cesse de se multiplier ces quelques jours.
Celles des marins fuent tout aussi formidable qu inattendue. Seule passagere a bord du ferry me permettant de passer du continent a l ile de Chiloe, les marins m ont invitee a partager un bon plat de moules tout en me racontant leur vie et me contant leur ile. Et cerise sur le gateau, ils m ont offert la traversee!
Enfin, je ne peux cloturer ce billet sans temoigner de la rencontre faite avec les eleves de l ecole de Pulelo, un village recule de ile de Chiloe. Alors que je residais dans l auberge attenante a l ecole, je me suis spontanement proposee pour faire une petite intervention dans les es... Chaleureux accueil des professeurs et des eleves. J ai bien cru que je n arriverai plus a reprendre a la route.
De quoi croire encore en l Homme!
15 octobre 2007
Les merveilles du sud de la region des lacs
La route du paradis...
Apres deux etudes consecutives, je decide de reprendre le velo, curieuse de savoir comment ma tendinite va se comporter. Je me depeche de quitter l inhospitaliere ville d Osorno pour rejoindre le sud de la region des lacs. Le lac Llanquihue ou j arrive le soir meme est splendide, entoure de trois volcans semblant emerger des flots. Je me delecte du calme ambiant, de la douceur du temps et de la chaleur des gens.
Bonne chose. Je ne ressens plus ma tendinite une fois sur le velo. Mais, je sais pourtant qu elle m habite toujours, car a chaque monte d escaliers et a chaque faux mouvement de ma part, elle me rappelle sa presence. C est donc tout doucement et en plusieurs jours que j entreprends de faire le tour de ce magnifique lac a velo.
D ailleurs, comment aurait il pu en etre autrement.... Les panoramas d une beaute emouvante sont une constante invitation a l errance. L eau est si claire, le ciel si bleu, le vert de foret dense si profond, les volcans si eblouissants de blancheur, la terre volcanique si noire, le soleil si chaud depuis quelques jours...je m arrete par si, je flane par la et sans m en apercevoir, cette piste caillouteuse - parfois ensablee - me conduit de petits village en minuscules hameaux, de lacs en torrents couleur emeraude ....Puerto Octay, Lac Llanquihue, Ensanada, Petrohue, Lac Todos Los Santos, Puerto Varas....et moi voici deja aux portes de la Patagonie!
08 octobre 2007
Projet touristique de Chol Chol
Etude du reseau de tourisme de Wixunko
Me voici tout juste revenue d un nouvel audit realise dans le village de Chol Chol, situe a une trentaine de
kilometres de la ville de Temuco.
Ce village mapuche, aux maisonnettes de bois, est un veritable have de paix et laisse aux visiteurs le plaisir de decouvrir les douceurs de la campagne environnante...collines ondoyantes, forets verdoyantes, paisibles ruisseaux...
Le reseau de tourisme solidaire Wixunko ("eau qui court" en mapuche) ressemble peu aux autres projets que j ai eu l opportunite d etudier auparavant. Sa grande particularite reside dans l heterogeneite de ses membres. En effet, il a le merite de regrouper en son sein des Hommes d ici et d ailleurs: des familles mapuches, des familles chiliennes et quelques colons.
Malgre les differences culturelles, malgre une histoire qui aurait pu attiser la haine et le mepris de l Autre, tous ont souhaite s unir et collaborer pour faire decouvrir aux voyageurs leurs traditions, leur quotidien, leur metier (artisanat mapuche, agriculture, elevage, restauration...etc) et pour affronter ensemble un avenir qui semble difficile. BRAVO!
Projet touristique du Lago Budi
Projet de tourisme communautaire au Lago Budi
La region de Temuco, dans laquelle nous avons elu domicile depuis quelques jours, est le dernier bastion des Mapuches.
Ni les guerres successives, ni les colons, ni la junte militaire, ni les luttes intestines n ont eu raison ce peuple indigene. A la difference des autres communautes, les Mapuches ont su grace a leur force de cohesion resister et subsister.
En expropriant la majorite des terres appartenant aux Mapuches (afin de les revendre a des colons), Pinochet pensait mettre un terme a cette civilisation. Aujourd hui, alors qu un etranger peut detenir a lui seul des milliers et des milliers d hectares (hacienda), les Mapuches ne possedent quant a eux plus que quelques lopins de terre, tout juste de quoi nourrir leurs enfants. Ainsi prives de la possibilite de developper leurs activites agricoles, les Mapuches de la region ont du imaginer une nouvelle alternative economique: le tourisme.
En plus de cette opportunite economique, les Mapuches ont vu dans le tourisme une maniere de preserver, transmettre et faire connaitre leur patrimoine culturel et naturel. Ne voyant pas d avenir dans les campagnes et ne percevant pas la valeur de leur culture, bon nombre de jeunes mapuches avaient fini par emigrer a Santiago.
Alors que la dictature avait opprime ces peuples indigenes, l avenement de la democratie leur offre un nouvel espoir. En effet, ce projet de tourisme a ete initie en 1999 dans le carde des nouveaux plans de developpement rural exiges par le gouvernement. Aujourd hui, le projet regroupe et soutient 119 communautes mapuches de la region du Lago Budi (soit plus de 600 familles).
La region du Lago Budi, ou l unique lac sale d Amerique du Sud se marie avec le Pacifique, offre des paysages tout aussi splendides que reposants. Les differents communautes invitent les voyageurs a decouvrir leurs richesses a travers differentes activites.
Mon pere et moi avons ete formidablement accueillis par la communaute de Llaguepulli. Nous avons apprecie le silence
reignant sur le lago Budi a l occasion d une balade en barque, nous avons ete etonnes par la puissance du Pacifique (pas pacifique du tout!) lors de notre randonnee a cheval, nous avons ete emballes par notre nuit insolite dans une ruka (maison traditionnelle mapuche), surtout, nous avons ete seduits par la gentillesse et le sourire de Selma (petit bout de femme proprietaire de la Ruka) avec qui nous avons partage une veillee au coin du feu a l abri de la ruka...
27 septembre 2007
C est le printemps! En direct du Chili...
C est le printemps!
Bien que le soleil n ait pas franchement repointe le bout de son nez depuis le 21 septembre (premier jour du printemps en Amerique du Sud), le voile sombre qui s etait abattu sur notre voyage ces dernieres semaines semble se dissiper peu a peu. Alors que nous stagnions dans le creux, nous avons repris le chemin des sommets.
Le voyage est fait de hauts et de bas. Il est vrai que le vol du sac de mon pere ajoute a ma tendinite avaient en effet voile le ressort qui me permettait autrefois de rebondir face aux aleas du voyage. Plus de velo (tendinite oblige!), plus de photos (les deux appareils photos et les cartes memoires etaient exceptionnellement tous les deux dans le sac de mon pere), 28h de bus pour obtenir un passeport d urgence, des heures interminables dans un commissariat, des soucis bancaires... Bref, des mesaventures qui ne tarderont pas a nous faire rire!
Nous sommes aujourd hui a Pucon ou nous nous sommes refugies des notre depart de Santiago. Cette region a un petit air de Finlande avec ses nombreux lacs, ses immenses forets, ses jolies maisons de bois, sa brume matinale. Le volcan actif de Villarica, pare d une robe neigeuse immaculee et degageant continuellement des fumeroles s impose en maitre des lieux. Nous profitons de ce calme ambiant pour nous reposer de la tension et des courses folles des dernieres semaines.
Bien que le vol du sac de mon pere soit a present de l histoire ancienne, je ne peux pas en dire autant de ma tendinite. Compte tenu de l absence totale d amelioration depuis 3 semaines, je dois me rendre a l evidence et accepter le fait qu il me sera impossible de rejoindre Usuhaia a velo. Je vous avoue que la deception est amere et que la frustration est immense. Une fois de plus, le voyage est une ecole. Une fois de plus, il m apprend la sagesse et me confronte a l echec. Etre assez sage pour revoir a la baisse mes ambitions de depart, mon reve. Depasser ce sentiment d echec pour donner une nouvelle impulsion a mes 3 derniers mois de voyage...














